Vendredi 16 octobre 2009

Cyril Bouvet, un "Colibri", nous a fait parvenir les notes prises durant la conférence du 08 octobre dernier. Ce sont des notes sans travail de rédaction .


La modernité, une désacralisation du monde

 

Par Pierre Rabhi, 08 10 09

Semaine des peuples autochtones, Le Cannet des Maures

 

Actuellement, il y a un bouleversement de la tradition par la modernité. Par exemple chez moi, en Algérie, dans notre oasis, l’exploitation du charbon (Ce enfoui depuis des milliers d’années !) par les Français a complètement chamboulé notre système social ancestral. Nous avions trouvé un équilibre au sein de l’oasis.

Il y a un passage difficile entre tradition et modernité. Ces deux visions engendrent des convergences et des divergences.

On m’a inculqué qu’il n’y a pas de salut sans la civilisation occidentale !

 

Qu’est ce que la modernité ?

La modernité est liée à un système pyramidal : on peut parler des gens haut de gamme et les gens bas de gamme. C’est un système hiérarchisé, avec des échelons. Plus on monte plus on est accompagné par une valorisation sociale et un salaire plus élevé.

La modernité repose sur la notion de progrès. Celui-ci est aliénant et ne profite qu’à quelques uns. Il y a un culte du travail. Certes, pourquoi pas ! Mais à condition qu’il soit équitable.

La notion du « toujours plus » s’exprime par une productivité sans limites. Elle est liée à la compétitivité. Celle-ci est insérée dans l’âme de l’enfant dès le plus jeune âge, il faut gagner !

Tout cela est basé sur un mythe fondateur = l’homme démiurge.

L’homme démiurge s’est l’homme qui se ressaisi de son destin, désacralise la vie, évacue le divin. C’est l’homme prométhéen ! Il utilise sa puissance, sa raison, son intelligence au service d’un paradigme nouveau sur la base du progrès.

L’intelligence humaine est amputée, il y a une rupture avec le passé agraire.

Dans les sociétés traditionnelles, la sensibilité et la perception sensorielle passent avant la raison. Le divin est intégré dans la vie.

La modernité a définit ses critères : ce qui ne lui correspond pas est jugé retro, du passé, plus d’actualité….

La civilisation occidentale repose sur la combustion énergétique qui nous a donné un pouvoir exorbitant. C’est une façon de faire très masculin. Alors que la femme est porteuse de la sensibilité et de la douceur.

Auparavant, toute l’humanité était dans un dialogue avec la nature et dans un rapport équilibré mais en occident le rapport est devenu très minéral.

Le rapport est devenu hyper dominant et la pensée très minérale.

Les miracles de la technologie aliènent l’humanité. Les guerres ont participé à cet essor technologique et ont orienté le progrès dans une pulsion très négative.

 

Il y a une destruction du monde paysan. De paysan ont est passé à exploitant industriel. La vie industrielle a un pouvoir d’aliénation. On proclame que s’est pour le progrès humain mais s’est négatif. Elle renforce une logique qui réduit la pensée.

La modernité est une imposture. Elle crée un clivage sur la planète et provoque une disparité terrible !

Un cinquième de la population consomme quatre cinquième des ressources planétaires.

Le modèle occidental est un modèle non reproductible et d’une grande spoliation (ex : Amérique).

L’Europe s’est développée sur le vol d’autres territoires. Soit disant ces territoires ont aidés au développement de l’Europe.

Le modèle actuel est destructeur, sa logique du monde repose sur du faux !

Il faut trouver une conciliation entre tradition et modernité.

 

Le métabolisme de la terre est détruit par les engrais chimiques. Les pesticides sont censés guérir la plante mais en fait, s’est la terre qui est malade !

Le système industriel a amené un mode de fragmentation alors que la notion d’unicité existait chez tous les peuples.

La terre est un miracle, une merveille planétaire mais elle est devenue une mutinerie permanente.

L’humanité aurait-elle introduit l’horreur ? Elle a aggravé la fragmentation par la modernité et a rompu avec les traditions.

L’humanité est divisée (voir une carte du monde avec toutes ses frontières). Cette division est un prétexte au discours sur l’insécurité et à la course à l’armement.

Il est important d’apprendre à vivre ensemble et de se sentir tous reliés. L’individu aujourd’hui est de plus en plus seul.

 

Sans interventionnisme social, notre société occidentale ne tiendrait pas se serait la débandade !

Actuellement, nous assistons à un grand délitement.

Les traditions sont conservatrices de la vraie logique humaine. Notre société est déshumanisée.

L’homme traditionnel sait qu’il appartient à une réalité vivante mais il y a eu un basculement. L’homme moderne dit que la réalité vivante lui appartient.

Ayons un sentiment profond que rien ne nous appartient et nous ait dû. Soyons dans la gratitude (la vie qui se donne à la vie).

 

En Amérique, lorsque les blancs tuaient les bisons sans raisons et sans besoins, juste pour s’amuser, pour les peaux rouges s’était une profanation.

La barbarie relève de l’esprit occidental ! Le monothéisme y est pour quelque chose dans cette histoire.

Les anciennes traditions relèvent du sacré. Il y a un changement de rapport de l’humain avec la nature. Le rapport est désacralisé chez les civilisations occidentales. C’est un rapport de profanation.

Nous sommes dans une vision occidentale qui est conquérante et dominatrice. Notre logique actuelle est la croissance illimitée.

La terre est vue comme un gisement de ressources. Il y a une perte de la valeur initiale.

La modernité est remplie de dogmes, de préceptes qui manipulent l’être humain.

On ne peut pas appliquer les concepts de prédation naturelle à l’humain. Le lion n’a pas de banque d’antilopes !

La philosophie du toujours plus est en train de détruire la planète !

Si vous niez les valeurs qui ne sont pas financières, vous faîtes de l’argent le Roi, le détenteur du pouvoir. C’est l’indicateur de la modernité !

Les vraies richesses sont la nature, les liens sociaux…

Le développement applique les mêmes règles du jeu pour tous et précipite l’épuisement de la planète.

Notre système nous pousse constamment à l’insatisfaction.

La question de fond est de l’ordre du sacré. Quelle est la signification du genre humain ?

 

La force de l’amour est puissante et créatrice. Construisons le vivre ensemble sur l’amour.

Transférons ce que nous consacrons à la violence pour le bien commun.

Quel est notre sort ? Sommes-nous un accident biologique ? L’humanité a-t-elle un sens ?

Je ne suis pas dans l’illusion. Ce ne sont pas les alternatives qui seront la solution !

Il faut que l’homme change, par un travail sur lui-même. Déjà, allons nous réconcilier avec ceux avec qui nous sommes en conflit.

Il faut amener notre propre mutation et notre transformation.

Les consciences doivent se mutualiser, des consciences qui s’élèvent pour construire un monde qui soit digne de l’intelligence.

 

La crise nous dit que nous allons de travers !

Revenons à une vie plus sobre. Même dans l’abondance, nous ne sommes pas heureux !

La joie se construit en nous-mêmes. Nous avons tous un pouvoir d’action sur la modification de notre société.

Au lieu d’être contre, construisons pour. Mais attention de ne pas tomber dans la résignation,, il faut rester dans la réprobation.

Comment servir la sacralité ? Goûter la beauté de la vie, ce don que le divin nous donne.

Comment regardons-nous la vie ? Quel est le rôle de l’être humain ? De produire quelque chose ? C’est l’admiration inspirée par l’amour et non être des pousseurs de caddies. Prendre soin, apprendre à jubiler et à aimer. Rendons hommage à la vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Gérard
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Lundi 12 octobre 2009
      Kenny Matampash ole Meritei, guerrier Maasaï, et son frère blanc, Xavier Péron ( ex maître de conférences en science  Politique et Anthropologie politique à la Sorbonne) sont venus nous parler du mal fait aux Massaï en imposant nos fausses valeurs puis de la sècheresse terrible qui frappe leur territoire depuis trois ans,


      Pierre Rabhi est venu lui nous inciter à réconcilier humanisme et modernité pour préserver la planète  de nos enfants et redonner son sens au mot "Solidarité".


                                                                        ( Photo du 19/04/09)

Le même jour, deux fusées de la NASA se sont écrasées comme convenu sur le pôle sud de la lune pour tenter de découvrir de la glace. La mission L-Cross est comme une bombe d'une très grande puissance dont le but est de rechercher toutes formes d'eau sur la lune.



"Néanmoins, la NASA a fait savoir vendredi que selon l'analyse préliminaire des données du téléscope spacial Hubble, il n'y avait pas de signe d'eau dans les débris de l'explosion."



Quel dommage!!!

Mais un grand BRAVO à l'équipe d'Ethno- Savannah et aux associations partenaires.
Par Gérard - Publié dans : Actualités
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Dimanche 20 septembre 2009
La société Cyclope basée à Nantes a conçu un système d’ouverture de porte actionné non plus avec la main, mais avec l’avant-bras.
Ce fabriquanr "croule"  sous les commandes.


Mais, dans le même temps où nous conseille-t-on d'éternuer?

Par Gérard - Publié dans : Actualités
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Dimanche 13 septembre 2009
 Pierre Rabhi
“La sobriété heureuse” :
un art de vivre

Qui est Pierre Rabhi ?
Initiateur de Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, reconnu
expert international pour la lutte contre la désertification,
Pierre Rabhi est l’un des pionniers de l’agriculture écologique en
France. Auteur, philosophe et conférencier, il appelle à "l'insurrection
des consciences" pour fédérer ce que l'humanité a de meilleur
et cesser de faire de notre planète-paradis un enfer de souffrances
et de destructions. Devant l'échec de la condition générale de l'humanité
et les dommages considérables infligés à la Nature, il nous
invite à sortir du mythe de la croissance indéfinie, à réaliser l'importance
vitale de notre terre nourricière et à inaugurer une nouvelle
éthique de vie :
"La sobriété heureuse" :
un art de vivre
Si nous voulons assurer la pérennité
et l’épanouissement de l'espèce
humaine sur la planète, nous
sommes appelés, à construire de
nouveaux modèles de société
fondés sur la sobriété heureuse, l’autonomie et la coopération, et la
compassion. Dans une hutte Maasai, tout comme dans un tipi, il n’y
a rien ou presque rien, seulement les objets indispensables à la vie
du quotidien. Mais ces maisons là sont emplies de rires, de sourires,
de chants et de gens qui savent combien il est important d’être
ensemble.

Conférence le jeudi 8 octobre  18h30

Salle du Recoux

Possibilité de réserver des places (5 euros) lors des distributions du vendredi soir.
Par Gérard - Publié dans : Actualités
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Vendredi 28 août 2009
LE MONDE | 17.08.09 | 15h15 


Il y a des communes où l'on veut garder son bureau de poste, d'autres son boulanger, son médecin ou même son curé. Mouroux, 4 700 habitants, veut avoir "son" agriculteur. Un maraîcher, plus précisément, qui fournira fruits et légumes de saison, plutôt bio et, si possible, bon marché. Elle croit l'avoir trouvé en la personne de "Christophe", comme tous l'appellent déjà sans pour autant le connaître.

Car pour beaucoup, c'est bien un comble de vivre entourés de champs dans cette Seine-et-Marne restée agricole, et de ne pas trouver de produits locaux. Des exploitants, il en reste une dizaine à Mouroux, mais ils alimentent le marché national, voire international. Pis, ces "indécrottables" polluent sols et rivières avec leurs produits chimiques, s'inquiètent leurs voisins.

L'idée de trouver un agriculteur à son goût vient de la mairie. "Il y a 4,5 hectares de terres en friche au centre de la commune et qui lui appartiennent, on s'est dit qu'on allait les prêter à qui voudrait les cultiver", raconte Jean-Louis Bogard, adjoint à l'environnement (sans étiquette) et commercial chez Orange. L'équipe municipale décide donc, en janvier, de proposer la création d'une Association pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP), un partenariat entre des consommateurs, qui reçoivent des fruits et légumes toutes les semaines, et un agriculteur, dont le revenu est garanti par le préachat de sa production.

Lancé au Japon, adopté aux Etats-Unis, le système est victime de son succès en France. Les groupes de consommateurs doivent s'armer de patience pour dégoter un producteur. Surtout en Ile-de-France, où le foncier vaut de l'or. L'avantage, avec le prêt des terres, c'est que les choses seront plus faciles.

Informés par la presse municipale ou le panneau lumineux communal, 130 habitants sont venus à la première réunion, séduits par l'idée de consommer mieux. Apparemment, l'idée a fait son chemin. Au bord de la RN 34, qui relie Coulommiers à Paris et coupe le bourg en deux, Intermarché et Hyperprimeur viennent de se mettre à vendre du bio. Chez le second, dans la "barquette ratatouille", l'oignon vient des Pays-Bas, le poivron d'Espagne et les tomates du Maroc. "Ils n'ont pas compris notre démarche", persifle M. Bogard. Lui, veut du local. Il veut un agriculteur pour Mouroux.

Les céréaliers du village ont décliné sa proposition de cultiver les terres communales, puis le réseau AMAP a suggéré de contacter un lycée agricole bio. Deux candidats étaient partants. Mais Mouroux a vite déchanté. Avoir des terres ne suffit pas, il faut de l'argent pour investir dans les bâtiments et le matériel. Et il aurait fallu deux ans avant de pouvoir déguster le premier légume.

Or, désormais, les habitants sont pressés. Alors que la mairie s'apprêtait à procéder par petite annonce, certains ont pensé à Christophe. Ce maraîcher n'avait pas été contacté. Il habite Mouroux, mais ses terres sont à Coulommiers, à 3 kilomètres. Vendant sur les marchés, il hésitait à abandonner. Avantage de l'opération : il pouvait fournir, dès juin, une large gamme de produits. Inconvénient : il n'utilisera pas les terres de la mairie, il a ce qu'il faut.

Va donc pour Christophe. Mais Jean-Louis Bogard ne perd pas espoir : "Un jour, notre parcelle sera cultivée", lâche l'élu. Déjà, il pense préempter des terrains dans les bois, pour des vergers. Et voit loin : "Nous pouvons servir d'exemple. Des communes qui ont des terres, il y en a plein."

Parmi les "Amapiens", il y a Linda Hengy. Jamais elle n'avait entendu parler du réseau, mais aussitôt elle y a vu des similitudes avec sa "philosophie". "Au Canada, il y a des magasins de producteurs. En France, on trouve ça rétrograde, il faut que les mentalités évoluent", juge-t-elle.

D'origine algérienne, cette mère de cinq enfants a quitté la proche banlieue il y a cinq ans pour vivre là, à 50 kilomètres de Paris. Son mari est "responsable maintenance chez un sous-traitant de Citroën Aulnay". Les Hengy vivent chichement. Linda n'a rien d'une militante et, chez elle, il n'y a pas de bio à table - "une arnaque". En fait, elle veut seulement bien nourrir ses enfants et ne plus "être prise pour une imbécile". Jusque-là, elle achetait tout chez Leclerc. "Michel-Edouard parle beaucoup, mais il fixe les prix qu'il veut. Or ils ne dépendent pas des producteurs, mais de jusqu'où le client est prêt à aller", s'énerve cette abonnée à la newsletter de 60 millions de consommateurs.

Comme sa famille, celle de Nadia Ayadi-Boukrourou n'appartient pas aux privilégiés, du moins financièrement parlant. Ancienne directrice de la communication d'un groupe d'édition, cette jeune femme a arrêté de travailler en arrivant à Mouroux, après la naissance de ses enfants, il y a quelques années. Son mari, prof de maths, a décidé de ne plus dispenser que des cours particuliers. "On me dit : "T'es riche pour manger bio". Non. Mais je n'ai pas d'écran plat, ma télé a 15 ans et je pars en vacances dans ma famille !", énumère-t-elle. Chez elle, plus de plats cuisinés, quasiment pas de médicaments non plus, et une lecture régulière du Canard enchaîné, notamment pour ses articles sur les pesticides.

Son mari, pourtant, s'inquiète qu'elle s'engage à payer, même s'il n'y a rien dans le panier. "Quand il sera peu garni, j'irai compléter ailleurs sans rien lui dire", rigole-t-elle. Et elle sait que ce sera le cas s'il grêle ou s'il gèle. Le prix fixé est de 15 euros par semaine, pour 6 à 7 kilos de légumes, afin que le producteur gagne 2 000 euros brut par mois.

Sophie Lecoeur adhère à l'idée de lui garantir un revenu, mais veut en avoir pour son argent. "Je compte que cela me revienne moins cher que le marché, car tout le monde doit s'y retrouver", insiste cette professeure de vente en lycée professionnel. Surtout, elle veut du bio, rien que du bio.

Vu les attentes et les intérêts des uns et des autres, Michel Saint-Martin, le président de l'AMAP, sait que sa tâche sera difficile. C'est son expérience qui a poussé ce retraité à se présenter. Ce militant écologiste avait, un temps, cultivé un "jardin communautaire" avec des amis. "Moi qui suis là-dedans depuis trente ans, j'ai été surpris par l'engouement des gens. Je n'avais pas saisi la montée de la sensibilisation aux méfaits des pesticides, du besoin de contrôler ce qu'on mange et de s'impliquer", avoue-t-il.

Ce qui l'a séduit, aussi, c'est le "lien social". "Cette AMAP ne sera pas un groupe de copains bobos", dit-il calmement. Comme le projet est initié par la mairie, il y a un vrai brassage, même si, il faut le dire, les plus défavorisés et les plus aisés sont plus rares. La volonté de la mairie de réserver quelques paniers au centre communal d'action sociale le réjouit. Lui habite un hameau chic, Coubertin, havre de paix pourtant tout proche de la RN 34 fréquentée par 20 000 véhicules par jour.

Il sait bien qu'il va devoir refréner les enthousiasmes : déjà certains voudraient étendre le projet aux fromages, oeufs, voire à la farine bio pour faire du pain. Mais aussi les exigences : d'autres aimeraient que "Christophe" aide des jeunes à s'installer sur les terres communales, ou qu'il accepte une deuxième AMAP et ne produise ainsi plus que pour le réseau, donc exclusivement bio.

"Il y en a qui ne se rendent pas compte du travail que cela représenterait pour lui. Il faudra en discuter", prévient le président. En tant qu'ancien chef d'entreprise, il sait qu'il va falloir jouer serré pour que le projet soit viable. S'il proscrit le recours à certains produits chimiques, il ne dit pas non à tous, car il estime que le prix doit rester raisonnable et la récolte assurée.

Et Christophe, il en pense quoi ? "Cela va être sympa." Pas très bavard, timide peut-être, ce qui détonne avec les futurs adhérents, le maraîcher, la trentaine, imagine qu'il sera plus disponible pour sa famille. Il se réjouit aussi à l'idée qu'il n'y aura plus d'invendus, donc pas de gâchis. Si la greffe prend, dans un an, il arrêtera les marchés et se consacrera aux AMAP, "en plein boom".

Mais il lui semble évident que tout ne sera pas simple. "C'est un métier, pas du jardinage du dimanche. Je sais que certains risquent de ne pas m'aimer." Il sera à l'écoute, promet-il, mais il faudra aussi qu'on lui fasse confiance. Le bio ? "C'est cher parce que cela demande trop de main-d'oeuvre. Cela me dérangerait qu'il n'y ait que trois ou quatre légumes dans les paniers", dit-il, pensant aux moins aisés. Mais déjà il n'utilise quasiment plus de produits chimiques. L'aide des adhérents pour désherber, justement ? "Il faut être réaliste. Après une demi-journée une binette en main, ils auront des ampoules. Mais ils seront les bienvenus, il n'y aura pas de clé au portail." Le choix des légumes ? "Je ne ferai pas des panais pour cinq ou des navets pour dix, il faudra qu'ils s'accordent." Et s'ils veulent des asperges, il s'y mettra, mais ils devront attendre deux ans pour en obtenir en quantité.

Surtout, l'idée d'avoir à faire à une clientèle avertie le ravit. Il imagine qu'elle raffolera de ses salades abîmées, de ses tomates tachées et ne demandera pas de courgettes pour la soupe en décembre, comme sur les marchés. S'il ne pipait mot, il pensait très fort : "Autant rajouter de l'eau."


Par Gérard
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