Pierre Rabhi

Publié le par Gérard

Cyril Bouvet, un "Colibri", nous a fait parvenir les notes prises durant la conférence du 08 octobre dernier. Ce sont des notes sans travail de rédaction .


La modernité, une désacralisation du monde

 

Par Pierre Rabhi, 08 10 09

Semaine des peuples autochtones, Le Cannet des Maures

 

Actuellement, il y a un bouleversement de la tradition par la modernité. Par exemple chez moi, en Algérie, dans notre oasis, l’exploitation du charbon (Ce enfoui depuis des milliers d’années !) par les Français a complètement chamboulé notre système social ancestral. Nous avions trouvé un équilibre au sein de l’oasis.

Il y a un passage difficile entre tradition et modernité. Ces deux visions engendrent des convergences et des divergences.

On m’a inculqué qu’il n’y a pas de salut sans la civilisation occidentale !

 

Qu’est ce que la modernité ?

La modernité est liée à un système pyramidal : on peut parler des gens haut de gamme et les gens bas de gamme. C’est un système hiérarchisé, avec des échelons. Plus on monte plus on est accompagné par une valorisation sociale et un salaire plus élevé.

La modernité repose sur la notion de progrès. Celui-ci est aliénant et ne profite qu’à quelques uns. Il y a un culte du travail. Certes, pourquoi pas ! Mais à condition qu’il soit équitable.

La notion du « toujours plus » s’exprime par une productivité sans limites. Elle est liée à la compétitivité. Celle-ci est insérée dans l’âme de l’enfant dès le plus jeune âge, il faut gagner !

Tout cela est basé sur un mythe fondateur = l’homme démiurge.

L’homme démiurge s’est l’homme qui se ressaisi de son destin, désacralise la vie, évacue le divin. C’est l’homme prométhéen ! Il utilise sa puissance, sa raison, son intelligence au service d’un paradigme nouveau sur la base du progrès.

L’intelligence humaine est amputée, il y a une rupture avec le passé agraire.

Dans les sociétés traditionnelles, la sensibilité et la perception sensorielle passent avant la raison. Le divin est intégré dans la vie.

La modernité a définit ses critères : ce qui ne lui correspond pas est jugé retro, du passé, plus d’actualité….

La civilisation occidentale repose sur la combustion énergétique qui nous a donné un pouvoir exorbitant. C’est une façon de faire très masculin. Alors que la femme est porteuse de la sensibilité et de la douceur.

Auparavant, toute l’humanité était dans un dialogue avec la nature et dans un rapport équilibré mais en occident le rapport est devenu très minéral.

Le rapport est devenu hyper dominant et la pensée très minérale.

Les miracles de la technologie aliènent l’humanité. Les guerres ont participé à cet essor technologique et ont orienté le progrès dans une pulsion très négative.

 

Il y a une destruction du monde paysan. De paysan ont est passé à exploitant industriel. La vie industrielle a un pouvoir d’aliénation. On proclame que s’est pour le progrès humain mais s’est négatif. Elle renforce une logique qui réduit la pensée.

La modernité est une imposture. Elle crée un clivage sur la planète et provoque une disparité terrible !

Un cinquième de la population consomme quatre cinquième des ressources planétaires.

Le modèle occidental est un modèle non reproductible et d’une grande spoliation (ex : Amérique).

L’Europe s’est développée sur le vol d’autres territoires. Soit disant ces territoires ont aidés au développement de l’Europe.

Le modèle actuel est destructeur, sa logique du monde repose sur du faux !

Il faut trouver une conciliation entre tradition et modernité.

 

Le métabolisme de la terre est détruit par les engrais chimiques. Les pesticides sont censés guérir la plante mais en fait, s’est la terre qui est malade !

Le système industriel a amené un mode de fragmentation alors que la notion d’unicité existait chez tous les peuples.

La terre est un miracle, une merveille planétaire mais elle est devenue une mutinerie permanente.

L’humanité aurait-elle introduit l’horreur ? Elle a aggravé la fragmentation par la modernité et a rompu avec les traditions.

L’humanité est divisée (voir une carte du monde avec toutes ses frontières). Cette division est un prétexte au discours sur l’insécurité et à la course à l’armement.

Il est important d’apprendre à vivre ensemble et de se sentir tous reliés. L’individu aujourd’hui est de plus en plus seul.

 

Sans interventionnisme social, notre société occidentale ne tiendrait pas se serait la débandade !

Actuellement, nous assistons à un grand délitement.

Les traditions sont conservatrices de la vraie logique humaine. Notre société est déshumanisée.

L’homme traditionnel sait qu’il appartient à une réalité vivante mais il y a eu un basculement. L’homme moderne dit que la réalité vivante lui appartient.

Ayons un sentiment profond que rien ne nous appartient et nous ait dû. Soyons dans la gratitude (la vie qui se donne à la vie).

 

En Amérique, lorsque les blancs tuaient les bisons sans raisons et sans besoins, juste pour s’amuser, pour les peaux rouges s’était une profanation.

La barbarie relève de l’esprit occidental ! Le monothéisme y est pour quelque chose dans cette histoire.

Les anciennes traditions relèvent du sacré. Il y a un changement de rapport de l’humain avec la nature. Le rapport est désacralisé chez les civilisations occidentales. C’est un rapport de profanation.

Nous sommes dans une vision occidentale qui est conquérante et dominatrice. Notre logique actuelle est la croissance illimitée.

La terre est vue comme un gisement de ressources. Il y a une perte de la valeur initiale.

La modernité est remplie de dogmes, de préceptes qui manipulent l’être humain.

On ne peut pas appliquer les concepts de prédation naturelle à l’humain. Le lion n’a pas de banque d’antilopes !

La philosophie du toujours plus est en train de détruire la planète !

Si vous niez les valeurs qui ne sont pas financières, vous faîtes de l’argent le Roi, le détenteur du pouvoir. C’est l’indicateur de la modernité !

Les vraies richesses sont la nature, les liens sociaux…

Le développement applique les mêmes règles du jeu pour tous et précipite l’épuisement de la planète.

Notre système nous pousse constamment à l’insatisfaction.

La question de fond est de l’ordre du sacré. Quelle est la signification du genre humain ?

 

La force de l’amour est puissante et créatrice. Construisons le vivre ensemble sur l’amour.

Transférons ce que nous consacrons à la violence pour le bien commun.

Quel est notre sort ? Sommes-nous un accident biologique ? L’humanité a-t-elle un sens ?

Je ne suis pas dans l’illusion. Ce ne sont pas les alternatives qui seront la solution !

Il faut que l’homme change, par un travail sur lui-même. Déjà, allons nous réconcilier avec ceux avec qui nous sommes en conflit.

Il faut amener notre propre mutation et notre transformation.

Les consciences doivent se mutualiser, des consciences qui s’élèvent pour construire un monde qui soit digne de l’intelligence.

 

La crise nous dit que nous allons de travers !

Revenons à une vie plus sobre. Même dans l’abondance, nous ne sommes pas heureux !

La joie se construit en nous-mêmes. Nous avons tous un pouvoir d’action sur la modification de notre société.

Au lieu d’être contre, construisons pour. Mais attention de ne pas tomber dans la résignation,, il faut rester dans la réprobation.

Comment servir la sacralité ? Goûter la beauté de la vie, ce don que le divin nous donne.

Comment regardons-nous la vie ? Quel est le rôle de l’être humain ? De produire quelque chose ? C’est l’admiration inspirée par l’amour et non être des pousseurs de caddies. Prendre soin, apprendre à jubiler et à aimer. Rendons hommage à la vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans RDV

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